mardi 10 février 2009

La santé des vaches à distance

Medria, une jeune société innovante bretonne, est capable de surveiller à distance les animaux d'élevage grâce à des capteurs. Une quinzaine d'organismes publics l'ont soutenue.

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Les vaches sur le point de vêler (mettre bas) font l'objet d'une attention toute particulière de la part des éleveurs : ces derniers sont souvent contraints de se lever la nuit pour prendre la température du bovidé afin d'évaluer l'imminence de la naissance. Un nouvel appareil, le Velphone, leur permet de passer des nuits tranquilles : ce thermomètre vaginal envoient la température de l'animal à une base radio GSM qui relaie régulièrement cette information vers le téléphone portable du fermier sous forme de SMS. Et quand le Velphone est expulsé par la poche des eaux, il en avertit l'agriculteur.
Le Velphone a été mis au point par une jeune société innovante, Medria (Monitoring Early Detection for Remote Industrial Applications), créée en juin 2004 et installée à Châteaugiron, à une quinzaine de kilomètres à l'Est de Rennes. "Nous sommes sur un projet singulier : développer des plates-formes de suivi de production, en particulier pour la production animale, en installant des capteurs sur ou dans les animaux", explique Jean-Pierre Lemonnier, 41 ans, président et cofondateur, ingénieur (Télécom Bretagne), mais aussi fils et frère d'éleveurs.
Ces capteurs peuvent être temporaires, comme le Velphone (déjà 200 clients), ou permanents, comme des gélules capables de rester, par simple gravité, au fond de la panse de l'animal, et de communiquer sa température ou son rythme cardiaque. Et l'entreprise travaille, entre autres, à la mise au point d'un compteur de bouchées au pâturage, fixé au licol pour s'assurer que l'animal mange suffisamment : un microphone détecte le "crunch" caractéristique de la bouchée. Tous ces appareils sollicitent une très longue chaîne de composants électroniques (collecte, transmission, analyse…) et de l'informatique sophistiquée (couches haute : la synthèse des résultats présentée sur l'ordinateur ou le portable de l'éleveur doit être très simple). Medria a donc sollicité l'aide d'une quinzaine d'organismes : l'Inra (Institut National de la Recherche Agronomique), Télécom Bretagne, l'Isen (Institut supérieur de l'électronique et du numérique) de Brest, etc.
"Nous avons entre un an et demi et deux ans d'avance sur les deux projets concurrents, aux Etats-Unis et en Israël", affirme Jean-Pierre Lemonnier. Stratégiques pour une terre d'élevage comme la Bretagne, les travaux de Medria ont reçu de très nombreuses aides, de la part de la région, d'Oséo, de l'incubateur Emergys, de la technopôle de Rennes Atalante…. "La somme est presque indécente", rougit Jean-Pierre Lemonnier, qui ose à peine dévoiler la totalité des soutiens dont a bénéficié sa société d'une vingtaine de personnes : plus d'un million d'euros !

Jacques Henno
(article paru dans le supplément Spécial Entrepreneur du quotidien Les Echos le mardi 3 février)