Des tee-shirts et des volailles suivis à la trace
Un groupement d'industriels de l'ouest de la France veut mettre au point une plate-forme informatique permettant de standardiser et d'exploiter leurs données de suivi des animaux. Un système comparable à celui utilisé pour les tee-shirts.
Bien coupé, ce tee-shirt estampillé « bio commerce équitable » est tentant. Mais comment être certain qu'il est vraiment biologique et « éthique » ?
Dans quelques semaines, cela devrait-être possible, en Suisse d'abord, puis en France : la marque Fairwell va en effet apposer sur ses habits « bio équitables » un DataMatrix, un code-barres, constitué de pixels noirs et blancs. Il suffira de photographier cette étiquette, à l'aide d'un téléphone mobile, pour accéder, via le site Web de Fairwell, à toute l'histoire du tee-shirt : photos du paysan qui a cultivé le coton dans la région de Tirupur, au sud de l'Inde, de la filature...
Ce n'est que l'un des exemples de cette « traçabilité totale » dont il va beaucoup être question au cours du Salon de l'agriculture et de son pendant, le Sima (Mondial des fournisseurs de l'agriculture et de l'élevage), qui se tiendront en région parisienne la semaine prochaine. Le procédé utilisé par Fairwell est en effet dérivé de Regat, un projet sur lequel planche une partie de la filière volailles française depuis 2007. « Notre objectif est de pouvoir retrouver trace de tout ce qui participe à l'industrie avicole, depuis les produits primaires entrant dans l'alimentation animale, jusqu'à la distribution au consommateur », précise Jean-Yves Delaune, responsable de Cluster West, un pôle de compétitivité « non labellisé », qui regroupe des acteurs de l'agroalimentaire de l'ouest de la France. Regat a deux buts. Il s'agit d'abord d'informer en détail l'acheteur final sur toute la chaîne de production. Il faut aussi, et surtout, pouvoir réagir rapidement en cas d'incident, comme lors de la découverte, début février, d'un cas faiblement pathogène de grippe aviaire dans un élevage de canards en Vendée (ce qui a entraîné le boycott du foie gras frais français dans plusieurs pays). « Avec Regat, en cas d'alerte alimentaire, nous pourrons localiser l'origine du problème en moins d'un jour », espère Jean-Yves Delaune. Regat regroupe déjà une dizaine de partenaires, dont deux poids lourds de la filière avicole : Arrivé (539 millions d'euros de chiffre d'affaires en 2007) et Glon-Sanders (1,46 milliard d'euros).
Le projet devrait être supporté par la région des Pays de la Loire et la Direction régionale de l'industrie, de la recherche et de l'environnement (Drire). La principale difficulté va être de mettre au point un système suffisamment souple et puissant. Car plusieurs milliers d'éleveurs vont émettre plusieurs millions d'informations tous les mois.
Une telle traçabilité suppose donc d'être capable de recevoir d'énormes volumes de données, mais aussi d'amalgamer des fichiers très hétérogènes. « Tout au long de la chaîne, le suivi se fait par lots. Les intervenants se communiquent des codes de lots, sans se préoccuper d'un quelconque usage commun. Nous devons donc traduire ces numéros de lots en numéros standardisés », constate René Le Caignec, responsable du département « quality and safety network » de TechnoArk, un technopôle suisse installé à Sion. L'utilisation de bases de données relationnelles et de techniques d'extraction de données sophistiquées (Web sémantique) devrait permettre de lier entre elles les informations et de leur donner du sens. Techniquement, le projet de la marque Fairwell va utiliser des outils similaires à ceux développés par TechnoArk. « Dans un premier temps, nous donnerons seulement des informations décrivant l'origine de nos produits, avertit Philippe Cloux, président d'Importexa, la société suisse qui commercialise la marque Fairwell et qui compte investir 200.000 euros dans son système de traçabilité. Mais, d'ici à 2010, nous espérons mutualiser cette application avec d'autres marques textiles et y incorporer des informations sur le bilan social et écologique de nos produits. » Fairwell servira, en quelque sorte, de démonstrateur à Regat.
JACQUES HENNO
(article paru dans Les Echos le 19 février 2009)
Photo : «atelier de confection dans une usine près de Calcutta (Bengal), en Inde. La marque Fairwell possède en Inde une filière d'approvisionnement en coton BIO et/ou Equitable auprès de petits producteurs ; toutes les transformations, jusqu'au produit fini, sont réalisées dans les environs de Calcutta.» (source : marque Fairwell)

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