mercredi 18 mars 2009

« Ecoship », un navire militaire conçu pour respecter la mer


Le constructeur naval, DCNS propose un concept de navire militaire entièrement écologique et surtout étudié selon les canons de l'éco-conception.

Avec ses deux coques et le cerf-volant qui le traîne, ce bâtiment militaire ne passera pas inaperçu. Pour l'instant, il ne s'agit que d'un concept, baptisé « Ecoship » (« navire écologique ») et présenté par la branche ingénierie de DCNS (ex-DCN, Direction des chantiers navals). Sa maquette fut l'une des vedettes de la Journée sciences navales, organisée le mois dernier par l'Ecole navale, près de Brest. « Pour nous, marins, qui sommes là pour défendre la mer, la protection de l'environnement est primordiale, a souligné l'amiral Pierre Soudan, commandant de l'Ecole navale. Les officiers que nous formons doivent prendre en compte l'éco-conception des navires. »

L'éco-conception ? Il s'agit de réfléchir, dès la conception d'un produit, à son impact sur l'environnement, et ce tout au long de son cycle de vie : fabrication, utilisation (pendant trente à quarante ans, pour les navires de la marine française), entretien et démantèlement. Les péripéties du « Clémenceau » ont montré l'importance de ce dernier point... DCNS semble signer là une première. « Je n'ai pas trouvé de réflexion aussi avancée dans d'autres marines étrangères », avance Richard Matez, expert pour la protection de l'environnement dans les navires militaires à la DET (Direction de l'expertise technique), de la DGA (Délégation générale pour l'armement). Moins d'un an a été nécessaire pour dessiner « Ecoship ». « Notre objectif était de réduire de moitié la facture carbone du navire », détaille Pierre Quinchon, directeur de la division navires armés de DCNS. « Nous n'avons utilisé que des technologies existantes, précise Philippe Goubault, architecte d'ensemble, pour les bâtiments de surface, chez DCNS Ingénierie. Ce qui veut dire que nous serions capables, aujourd'hui, de construire ce navire. »
Structure en aluminium

L'entreprise est partie d'un besoin de la Marine nationale : celle-ci doit bientôt remplacer les quatre Batral (bâtiments de transport léger) qu'elle déploie dans les DOM-TOM, par des bâtiments d'intervention et de souveraineté (BIS). Mais tout a été repensé : les matériaux (coque, revêtement...), la consommation et la récupération de l'énergie, le traitement des rejets (gaz, eaux usées...). Pour la partie flotteur, c'est la forme catamaran qui a été choisie, car elle exigerait 20 % de puissance propulsive en moins. Toute la structure sera en aluminium. « L'aluminium aurait un impact écologique négatif par rapport à l'acier : il faut plus d'énergie pour extraire et transformer la bauxite, avoue Philippe Goubault. Mais l'aluminium, plus léger, demande moins de puissance, et il est plus facile à recycler. » Une peinture antifouling sera appliquée sur la coque, pour empêcher les organismes marins de s'y fixer. L'objectif est double : diminuer la résistance (et donc la consommation de carburant) et transporter moins de « bestioles » d'un océan à l'autre (pour respecter la biodiversité). Les superstructures ont également été retravaillées : la cheminée sera un funnel, orientable pour réduire la traînée, voire pour servir de voile. Des « flaps » (volets articulés) permettront également d'améliorer l'aérodynamisme. Raffinement supplémentaire, comme dans les maisons les plus économes en énergie : une ventilation double flux. Le système récupère la chaleur (ou la fraîcheur) de l'air vicié extrait du bateau et l'utilise pour réchauffer (ou rafraîchir) l'air venant de l'extérieur. Pour la motorisation, une propulsion hybride (électrique jusqu'à 10 ou 11 noeuds et diesel au-delà) a été retenue. Une partie des eaux recyclées pourrait être injectée dans ces diesels, dans l'espoir de diviser par deux leurs émissions de monoxydes et de dioxydes d'azote. Enfin, un cerf-volant sera déployé pour soulager les moteurs. « Des cerfs-volants sont déjà proposés par la firme allemande SkySails, qui équipe deux porte-conteneurs, poursuit Philippe Goubault. Leur efficacité est étonnante : ils génèrent environ 10 % d'économie de carburant. » « Quelques pourcents, tout au plus, et ça ne fonctionne qu'à basse vitesse », tempère Richard Matez qui rejette en revanche catégoriquement une autre proposition de DCNS : installer des panneaux solaires souples, et donc repliables. « Je ne suis pas certain qu'ils soient exploitables en opérations », sourit-il... Au final, comparé à un navire classique, cet « Ecoship » émettrait 57 % de CO2 en moins. « Mais il serait plus cher de 15 % à l'achat », calcule Pierre Quinchon. « Un surcoût qui serait amorti en cinq ans, grâce aux économies générées », avance Philippe Goubault. Seul un vrai navire permettrait de le vérifier.
Jacques Henno (article paru dans Les Echos le 18 mars 2009)